Abd Al Malik "C'est du lourd" paroles

Traduction vers: EN

Je me souviens, maman qui nous a élevés toute seule, nous réveillait pour l'école quand on était gamins. Elle écoutait la radio en beurrant notre pain, et puis après elle allait au travail dans le froid, la nuit. Ca c'est du lourd.
Ou le père de Majid qui a travaillé toutes ces années de ses mains, dehors, qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse soleil, sans jamais se plaindre. Ca c'est du lourd.
Et puis t'as tous ces gens qui sont venus en France parce qu'ils avaient un rêve et même si leur quotidien après il a plus ressemblé à un cauchemar, ils ont toujours su rester dignes, ils n'ont jamais basculé dans le ressentiment. Ca c'est du lourd; c'est violent.
Et puis t'as tous les autres qui se lèvent comme ça, tard dans la journée, qui se grattent les bourses, je parle des deux, celles qui font référence aux thunes, du genre "la fin justifie les moyens" et celles qui font référence aux filles, celles avec lesquelles ils essaient de voir si y a moyen. Ca c'est pas du lourd.
Les mecs qui jouent les chauds zarma devant les blocs, dealent un peu de coke, de temps en temps un peu de ke-cra, et disent "Je connais la vie, moi, monsieur !", alors qu'ils connaissent rien. Ca c'est pas du lourd.
Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien, qui a mis sa meuf enceinte, qui lui dit "Je t'aime, je vais assumer, c'est rien, c'est bien", qui va taffer des fois même pour un salaire de misère, mais le loyer qu'il va payer, la bouffe qu'il va ramener à la baraque, frère, ça sera avec de l'argent honnête, avec de l'argent propre. Ca c'est du lourd.
Je pense aussi à ces filles qu'on a regardées de travers parce qu'elles venaient de cités, qui ont montré à coup de ténacité, de force, d'intelligence, d'indépendance, qu'elles pouvaient faire quelque chose de leur vie, qu'elles pouvaient faire ce qu'elles voulaient de leur vie. Ca c'est du lourd.
Mais t'as le bourgeois aussi, genre emprunté - mais attention je ne généralise pas, je dis pas que tous les bourgeois y sont condescendants, paternalistes ou totalement imbus de leur personne, non parce que ça c'est pas du lourd - je veux juste dire qu'il y a des gens qui comprennent pas, qui croient qu'être français c'est une religion, une couleur de peau, ou l'épaisseur d'un portefeuille en croco. Ca c'est bête, c'est pas du lourd, c'est...
La France, elle est belle, tu le sais en vrai, la France on l'aime, y a qu'à voir quand on retourne au bled, la France elle est belle, regarde tous ces beaux visages qui s'entremêlent. Ca c'est du lourd.
Et quand t'insultes ce pays, quand t'insultes ton pays, en fait tu t'insultes toi-même, il faut qu'on se lève, faut qu'on se batte dans l'ensemble, rien à faire de ces mecs qui disent "vous jouez un rôle" ou "vous rêvez", ces haineux qui disent "vous allez vous réveiller", parce que si on est arrivé, si on est arrivé à faire front avec nos différences, sous une seule bannière, comme un seul peuple, comme un seul homme, ils diront quoi tous ? Ben, que c'est du lourd, du lourd, un truc de malade…

I remember, Mom who raised us on her own, would wake us for school when we were kids. She would listen to radio while buttering our bread, and afterwards she would go to work, through the cold weather, at night. That's being real.
Or Majid's father who worked so many years with his hands, outside, no matter if it was snowy, windy, sunny, without ever complaining. That's being real.
And also there are all these people who came to France because they had a dream, and even though their day-to-day life then looked rather like a nightmare, and they always retained their dignity, they never started being resentful. That's being real; that's violent.
And there also all the others who just wake up lately in the middle of the day, who scratch their balls [les bourses means either "purses" or "scrotum"], I talk about both, those who refer to dough, like when you say "the end justify the means", and those who refer to girls, the girls with whom they try to see if they have a chance. That's not being real.
The guys who act tough in front of the blocks, sell off some coke and some crack from time to time and say "I know life, me, sir !" whereas they don't know anything. That's not being real.
I think of this man who struggles to make good, who made his girlfriend pregnant, who tells her "I love you, I'll take my responsabilities, that's nothing, that's good", who will work, even for a pittance sometimes, but the rent he'll pay and the food he'll bring home will come from honest money, from clean money. That's being real.
I also think of these girls who have been given filthy looks because they came from the hood, who proved in attacks of tenacity, strength, intelligence and independence, that they were able to make something of themselves. That's being real.
But there's also the bourgeois, the awkward type - but caution, I'm not generalizing it, I'm not saying all the bourgeois are condescending, paternalistic or totally full of themselves; no, because that's not being real - I just mean there are people who don't understand and believe being French is a religion, a skin color or the thickness of a crocodile wallet. That's dumb, that's not being real, that's...
France is beautiful, you do know it, we love France, just check when we go back to the country, France is beautiful, look at all those faces who mix together. That's being real.
And when you insult this country, when you insult your country, you actually insult yourself, we have to get up, we have to fight together, no matter all these peeps who say "you're acting a role" or "you're dreaming", those haters who tell you "you're going to wake up" because if we manage, if we manage to face our differences, under one single banneer, like one single people, like one single man, what will they all say ? Well that that's being real, real, fucking amazing...